Il est rare pour un groupe de perdurer après plus d’une vingtaine d’années d’existence, tout en restant actif mais surtout créatif. Trans Am vient de fêter ses 24 ans de carrière en sortant son dixième album sobrement baptisé « Volume X ». Il était donc normal de s’attarder un peu sur la carrière de ce trio considéré par beaucoup comme l’un des pionners du post-rock.
Entretien avec Sebastian Thomson, batteur de Trans Am.

 

Le groupe a été formé en 1990, 24 ans de longévité ! Quel est votre secret ?

Le secret pour rester ensemble est de ne pas être ensemble trop longtemps ! Durant la première moitié de notre carrière nous vivions et voyagions constamment ensemble . Nous avons aussi pratiquement grandi ensemble. Mais depuis douze ans, nous vivons chacun dans des villes différentes. Bien sûr, cela rend difficile le fait de travailler de concert mais nous sommes d’autant plus excités de nous revoir et de jouer tous les trois. Le temps passé en tournée et en studio est vraiment spécial.

 

Vous êtes considérés comme les précurseurs du post-rock (terme que l’on vous à peut être aussi donner à cause du côté « inclassable » de votre musique), comme on pu l’être d’autres groupes tels que Slint ou Tortoise. Qu’est ce que ça fait d’être perçu comme un groupe aussi influent ?

Si nous sommes une influence ce n’est que pour un petit nombre de musiciens et de fans. Bien sûr, avoir le respect de nos pairs est très flatteur ainsi que d’avoir l’attention d’un public face à ce que nous faisons. Mais je pense qu’il ne faudrait pas exagérer l’impact que nous avons pu avoir sur la musique. J’imagine que notre sphère d’influence est plutôt réduite.

 

Pensez vous faire partie d’un mouvement ou d’une famille musicale et si oui quels en sont les membres ?

Je pense que nous faisons effectivement partie d’une scène musicale, mais je pense que cela a plus à voir avec notre façon de travailler et le circuit dans lequel nous évoluons qu’avec notre identité musicale. Par exemple, nous avons énormément tourné avec Don Caballero, donc je sens un lien de parenté avec eux comme avec Battles. Ce n’est pas que nous soyons très proches musicalement parlant mais plus par l’attitude et l’expérience que nous partageons.

 

Vous même, réalisez vous que votre musique à fait évoluer la perception que beaucoup avez du rock ?

Ne le prends pas mal, mais je ne suis pas d’accord. Peut être que Trans Am a changé la façon dont certaines personnes conçoivent la musique rock mais dire qu’il s’agit de la majorité me semble un peu présomptueux.

 

Votre histoire avec le label Thrill Jockey continue de durer depuis 20 ans (un premier album sorti en 1995, s’en suivront 8 autres). C’est presque une histoire d’amour, qu’appréciez-vous particulièrement dans cette collaboration ?

Ce que j’apprécie le plus est ce mot que tu utilises : « collaboration ». Thrill Jockey est notre partenaire et je pense que tous les gens du label peuvent en dire autant de nous. J’imagine que les musiciens sur des Majors peuvent parfois avoir l’impression de n’être que des investissements.

 

« Thrill Jockey est notre partenaire et je pense que tous les gens du label peuvent en dire autant de nous. »

 

Votre dernier album, « Volume X » réussi à mélanger un grand nombre de styles, allant du kraut-rock en passant par le trash ou le rock progressif. Comment s’est passée la composition du disque ?

Les trois derniers albums ont été composés alors que nous vivions chacun loin des autres, donc nous nous sommes habitués à composer chacun de notre coté puis à composer ensemble en studio. Tant que nous nous préparons chacun en amont avant de se voir (ce que l’on ne manque pas de faire), le travail en studio se passe très facilement . Bien sûr, il y a des désaccords, mais une autre raison de notre longévité est de savoir y faire face au lieu de juste se braquer.

 

« Volume X » impressionne vraiment par sa diversité car aucun titre ne ressemble de près ou de loin à un autre, était-ce une véritable envie de composer des titres fondamentalement complètement différents ?

Merci ! Je pense que ce qui s’est produit, est que nous nous sommes concentrés sur les trois ou quatre choses que nous maîtrisons. Il est vrai que notre désir de mélanger tous ces styles sur le même album peut paraitre étrange, mais heureusement nous avons trouvé certains thèmes et vibrations qui se combinent assez bien.

 

Vous avez enregistré une version alternative du titre « I’ll Never » en lui donnant un rendu beaucoup plus pop/shoegaze, s’approchant de Jesus And Mary Chains, pourquoi avoir voulu donner une autre énergie au titre orignal ? Trop downtempo pour « Volume X » ?

Nous avons hésité pour savoir quelle direction devait prendre « I’ll Never ». Nous avons essayé quatre tempos différents et plusieurs styles de production. Ils ont tous fonctionné mais nous avons pensé que la version plus lente et mélancolique était peut être la plus intéressante, ou tout au moins convenait le mieux à l’album.

 

« J’imagine que les musiciens sur des Majors peuvent parfois avoir l’impression de n’être que des investissements. »

 

En 1998, vous enregistrez et mixez votre l’album « Futureworld » aux côtés de James Murphy (qui deviendra par la suite le leader de LCD Soundsytem). Comment s’est passé cette rencontre avec celui qui deviendra par la suite l’une des personnes les plus influentes de la musique électronique ?

Nous connaissions déjà James lorsqu’il était l’ingénieur du son de nos amis et potes de tournée Six Finger Satellite. C’était à la fin des années 90. Alors bosser avec lui était un bon choix. Il a très bien compris notre univers. A ce moment là on n’avait pas imaginé que sa carrière allait décoller aussi vite. C’est génial.

 

En 20 ans de carrière, vous avez pu voir évoluer l’industrie musicale, alors c’était mieux avant ?

D’un coté Internet est un outil fantastique car il rend la découverte de nouvelles musiques plus facile mais permet également de redécouvrir de vieux trucs obscures. Tu n’es plus limité par ce que tu peux trouver chez le disquaire du coin, ou par ce que tes amis écoutent, ou par les dix albums que tu peux commander au dos d’un magazine. Internet a aussi rendu plus simple le fait de se procurer de vinyles si c’est ton truc. Mais penser que la musique est désormais gratuite est préjudiciable aux musiciens. Le vieux système des labels demandant 15 dollars pour un cd était mauvais, mais attendre que la musique soit gratuite n’est pas mieux. Le seul moyen pour les musiciens de gagner leur vie est d’être constamment en tournée ou de placer leur musique dans des publicités. Les grosses machines pop s’en sortent toujours mais c’est beaucoup plus dur pour des groupes indés de vivre décemment. Les services de streaming comme Spotify sont aussi notoirement connus pour ne pas rétribuer convenablement les musiciens.

A propos de l'auteur

Rédac' chef, musicien passionné, graphiste et Dj de garden party sauvages.

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