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LONDON GRAMMAR

If You Wait

Metal & Dust Recordings / Warner (2013)

 

En matière de musique il y a deux catégories de personnes : Ceux qui ont du talent et les autres. Fort heureusement, London Grammar, dont il est question aujourd’hui, fait partie de la première catégorie. Le jeune trio de Notthingham oscillant à mi-chemin entre electro-pop et trip hop vient de sortir son premier album « If You Wait », le 9 septembre chez Metal & Dust Recordings / Warner.

 

Un peu moins d’un an après la sortie de leur premier EP « Metal & Dust» qui avait déjà fait parler d’eux, les Anglais reviennent pour enfoncer le clou et sortir leur premier véritable album.

Commençons par le contenant. L’artwork est classe sans casser des briques. Il est surtout déjà vu dix mille fois puisqu’il s’agit d’un projet photo présentant les trois membres du groupe. Ils posent côte à côte, la chanteuse au centre, chacun regardant dans une direction différente et surtout pas l’objectif : non parce que vous comprenez c’est « so classy ». Tout ça dans une ambiance chaude, jaunie à la sauce vintage (mais pas trop) avec un flou certes esthétique mais pas vraiment nécessaire. Petite faute de goût donc, une des rares mais bref, passons à la suite, le contenu maintenant.

L’objet du délit se compose tout de même de dix-sept pistes, ce qui est notable à l’ère où la majorité des disques comportent entre dix et treize morceaux en moyenne. Les trois titres originaux de l’EP se retrouvent disséminés le long de l’album qui s’ouvre, quant à lui, sur « Hey Now » le second morceau de l’EP. Pas de grosses surprises pour les connaisseurs, donc. Pour ceux qui découvrent la formation, l’entrée en matière va tout de suite les immerger dans leur univers. Ils vont très rapidement entrevoir les différents éléments qui font le style de London Grammar : la voix féminine déjà très affirmée d’Hannah Reid, entre douceur mélancolique et interprétation habitée, très mise en avant, alliée à un background sonore éthéré, tout en mouvement dans lequel se mêlent les mélodies de piano et les parties de guitare de Dan Rothman (l’homme à la base du projet), le tout assis sur les rythmiques trip hop de Dot Major.

Le ton est donc vite donné, il est grave et léger à la fois, entre tragédie et apaisement. Une chose est sûre, la formation a déjà une identité forte bien que versatile. Cependant, il faut garder à l’esprit qu’il s’agit ici d’un premier album, avec toutes les qualités et tous les défauts que ça implique. Même si le groupe a su vite trouver sa voie et fait preuve d’une belle maturité, les influences sont encore très présentes. On y entend un savant mélange d’électronica à la sauce Boards of Canada, Bonobo, The Flashbulb, de trip hop classique comme savent le faire Massive Attack, Portishead et Dj Shadow, de choses plus minimalistes comme Tycho et Trentmoller ou encore du XX et Grizzly Bear au niveau des guitares. Pour ce qui est du chant, on voit vite qu’Hannah Reid s’est nourrie à coup de PJ Harvey, Bjork, Judie Tzuke ou encore Imogen Heap. La blondinette a une voix comme on en entend rarement, qui ne laisse pas de marbre, qu’on aime ou qu’on déteste son accent « so british ». Elle fait preuve d’une puissance vocale déjà impressionnante et d’une sincérité à fleur de peau tant dans les lyrics que dans l’intention qu’elle met dans son interprétation. Forte personnalité artistique, elle porte littéralement le groupe et saisit l’auditeur quasiment instantanément pour finir par vite se rendre indispensable.

Ce qui est plaisant dans leur fraîcheur est cette capacité à se perdre sur des sentiers hors-pistes et à emmener l’auditeur avec eux pour finir par retrouver leur chemin un peu à la manière d’un Radiohead sur « Kid A ». De ce fait l’album a beau être long, il est très aéré et explore différentes atmosphères et différents sentiments.

On va parfois se retrouver dans une ambiance relativement chaude et lumineuse comme sur « Shyer » pour ensuite partir dans un univers presque monastique où une mélodie de piano profonde et épurée, rappelant Erik Satie, va guider la voix comme pourrait le faire Agnès Obel, sur « Interlude (live) » ou « If You Wait » notamment. Le groupe arrive aussi à mélanger ses deux facettes comme le prouvent des titres comme « Wasting My Young Years » ou encore « Help ». Et London Grammar arrive même à nous faire penser à la world music de Peter Gabriel et consorts grâce à l’apport bien pensé des percussions de Dot Major comme sur « Flikers » ou « Darling Are You Gonna Leave Me » sans que ce soit choquant pour autant.

Le groupe aime la prise de risque et se joue des convenances en passant avec une facilité déconcertante de l’ombre à la lumière. L’ensemble reste pourtant d’une cohérence implacable grâce à un beau travail d’arrangement et une production globale léchée, à la hauteur de leurs ambitions.

London Grammar a sa place dans le paysage musical actuel, pouvant autant intéresser les fans d’electro pop à la Postal Service que des gens plus emballés par les chanteuses à voix fortes que sont par exemple Soap&Skin et Agnes Obel ou encore de l’indie comme on en fait récemment avec Florence and the Machine, Alt+J ou l’Islandaise Sóley.

On s’aperçoit vite que la formation est aussi récente que ses musiciens sont jeunes. Cependant il s’agit d’un groupe sur lequel il faudra compter à l’avenir car déjà très riche en terme de composition et d’écriture. Il faut encore leur laisser le temps de gagner en maturité, mais ce « If You Wait » fait de London Grammar une des révélations de cette année. En attendant leur tournée européenne au mois de novembre, je vous invite vivement à écouter cet album qui vaut son pesant de cacahuètes.

 

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