Deftones

Koi No Yokan

Reprise Records (2012)

La sortie d’un disque de Deftones est toujours un évènement dans la sphère rock / métal mondiale. La réputation de la bande à Chino n’étant plus à faire, cet opus est sans aucun doute, une des sorties les plus attendues de cette année. Le groupe n’ayant plus rien à prouver après sept albums studio, une B-side et un disque de reprises, nous étions en droit de nous demander si le groupe n’allait pas commencer à tourner un peu en rond. Et bien que nenni !

Que l’on aime ou pas le combo, force est de constater qu’il a su évoluer au fil des années, progressant sans cesse, allant même là où on ne l’attendait pas forcément. C’est certainement pour cette raison que la formation est toujours présente après pas loin de vingt années au compteur. Comme à son habitude la formation de Sacramento a amplement préparé le terrain avant la sortie du disque, balançant ça et là singles, teasers et artwork un peu partout sur le net. Ainsi, pour être honnête, j’étais un peu dubitatif quant à la nouvelle direction artistique du groupe. Laissant mes aprioris de côté, je me suis plongé dans ce nouvel album au nom mystérieux : « Koi No Yokan ». Expression japonaise difficilement traduisible en français qui dépeint le sentiment que deux êtres éprouvent lorsqu’ils se voient pour la première fois et qu’ils savent qu’ils vont finir par tomber amoureux l’un de l’autre. Une sorte de coup de foudre à la sauce nippone.Jusque là pas vraiment de surprise dans la mesure où le groupe nous a toujours habitué à parler de sentiments, de relations humaines et particulièrement d’amour même de façon abstraite. La pochette est assez sobre et pose plutôt bien le cadre. On aurait presque l’impression d’être perdu, seul, dans un hôtel de Tokyo.

Concernant le contenu, il s’agit d’un disque de onze titres pour presque cinquante deux minutes de musique, un format sommes toute assez bateau. En toute franchise j’ai beau être très amateur de la musique du groupe depuis le début, cette fois-ci je me suis senti un peu dérouté après la première écoute, ne sachant pas trop sur quel pied danser. Le moins que l’on puisse dire c’est que nous avons affaire à un disque surprenant. Globalement assez sombre et dense, il est surtout très recherché. C’est, à mon sens, probablement un des disques les plus mélodiques et cohérent du groupe. Le quintet Américain a su trouver un nouvel équilibre entre ambiances aériennes et passages plus lourds. Là où « Diamond Eyes » était très chargé en testostérone, avec une guitare huit cordes très mise en avant, nous assistons ici à la tendance inverse. A mes yeux ces deux disques sont complémentaires par leur espèce d’effet de miroir inversé. J’ai dis mélodique mais pas moins massif et intense pour autant. Les riffs métal de Carpenter sont toujours aussi puissants, ils sont simplement distillés avec plus de parcimonie, ce qui les rends peut-être plus percutants que jamais. La différence notable entre les deux disques, qui saute vite aux oreille est que l’un (« Diamond Eyes ») est très direct et sans compromis avec des titres qui rentrent de suite dans le vif du sujet alors que l’autre (« Koi No Yokan ») est plus progressif avec des intro longues et aériennes rappelant notamment les grands noms du post-rock. « Diamond Eyes » faisait la part belle à la facette métal du groupe alors que ce nouvel effort nous emmène sur des sentiers non balisés où électro et rock (même s’il est sévèrement burné) s’entremêlent le plus naturellement du monde.

Ce qui m’a le plus surpris au premier abord a été la voix. Loin de se répéter tant au niveau de l’écriture que de son approche du chant, Chino Moreno a encore frappé fort et montre une fois de plus une capacité à étonner comme on en fait peu. Le boulot sur les voix est assez magistral et apporte toute son ampleur au potentiel mélodique du disque, flirtant parfois avec le mainstream sans jamais tomber dans le pathos et le larmoyant. Le bonhomme a encore réussi a repousser ses limites. On sent l’envie d’aller chercher de nouvelles sonorités, de nouvelles lignes de voix. L’inspiration est là et ça fait du bien ! Il semblerait que ses récents efforts avec son ami de toujours Shaun Lopez dans Crosses aient laissés une trace sur sa façon d’envisager la musique. Un peu comme son travail dans Team Sleep avait pu ressortir d’une manière ou d’une autre sur les compositions de « Saturday Night Wrist ». Cette fois-ci, nouveau groupe, nouvelle ambiance et encore un impact sur le son de Deftones. Pour ce qui est du son et de la production dans son ensemble, rien à redire, pas une fausse note à ce niveau. le groupe est allé chercher de nouvelles atmosphères avec des nappes de synthé plus vintage qui raviront les amateurs des 80’s. Une ambiance aigre douce presque vénéneuse mais mélancolique se dessine et progresse tout le long de l’album.

Pour conclure, les fans de la première heure qui espèrent un retour aux sources seront peut être déçus, tout comme ceux qui réclament un « White Pony » bis depuis dix ans. Mais ce « Koi No Yokan » n’en est pas moins prenant et intense pour autant. On voit ici un groupe qui évolue et mûrit tout en donnant l’impression de s’exprimer de plus en plus sereinement malgré les épreuves qu’ils ont pu traverser. En attendant « Eros » qui sortira peut être un jour, tant qu’à faire de parler d’amour, autant commencer par tomber amoureux.

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