Passage obligé de l’été pour tout mélomane curieux qui se respecte, Pantiero a encore une fois déstabilisé son public en présentant une sélection ambitieuse et innovante, un peu à contre pied de l’année précédente où la présence de formations plus connues (Blonde Redhead, Arnaud Rebotini, Battles, Paul Kalkbrenner…) pouvait laisser croire que le festival allait désormais jouer la carte de la sécurité, sans pour autant négliger la qualité. Ceci vaudra au festival de nombreux reproches cette année, beaucoup trouvant que la programmation ne fut pas à la hauteur des attentes, mais penchons nous de plus prés sur celle ci afin de voir si effectivement cette année fut un mauvais cru.

Le premier jour sera sous le signe du Hip-Hop, Shabazz Palaces débute les hostilités et malgré un son un peu chaotique, la prestation est plus qu’intéressante. Une bonne entrée en matière, avant que Scratch Bandits Crew ne vienne s’approprier la scène pour un set impeccable, un peu trop sobre certes mais le trio reste une valeur sure malgré tout. Les Puppetmastaz et leurs marionnettes peuvent s’en donner à cœur joie mais malgré tous leurs efforts, la formule ne semble plus prendre aussi bien qu’auparavant, leur son s’est un peu trop modernisé et l’effet Muppet Show qui faisait leur identité plombe un peu leurs morceaux, peut être le signe qu’il est temps de changer de formule. Mais question clichés et formule bien rodée, le champion se profile, Orelsan, impossible à rater cet été tant il est programmé dans tous les festivals (sauf peut être à l’université d’été du PS). Tout y passe, le discours fleuve, le costume de Robin, les vannes et puis au bout du compte des morceaux médiocres, que seul le charme de la première écoute et la levée de boucliers contre l’artiste avaient rendu intéressants. L’erreur de casting de cette année.

Le deuxième jour va s’avérer beaucoup plus riche en sensations, Mina May se voit confier la lourde tache de captiver l’attention de la foule à une heure où le soleil et la chaleur n’incitent pas à se plonger dans leur univers mélodique. Malgré ces conditions peu propices le groupe va livrer une prestation intense et hypnotique. Mais rien ne prépare l’auditoire à ce qui va suivre, Light Asylum va lâcher une bombe sonore sur la foule. Entre Bauhaus, Suicide et Q Lazzarus, la prestation du duo sera dévastatrice. Après cela dur de se faire remarquer, même si Future Islands sait mettre en valeur ses mélodies New Wave, le rouleau compresseur précédent a entamé l’audition du public et sa faculté de concentration. Néanmoins un très bon groupe, mais juste coincé entre deux terroristes sonores, car la suite c’est Crystal Castles, un autre duo de dangereux psychopathes, en provenance du Canada. Le public s’est à peine remis que le coup de grâce lui est asséné par une frêle jeune fille qui passera la moitié du concert dans la fosse, se jetant allégrement de la scène entre deux verres d’alcool et des incantations noise saturées. Un deuxième jour éprouvant mais fortement jouissif.

Le Vendredi sera plus estival, Monogold fait dans la pop psychédélique de bonne facture, de manière assez honnête et donne le ton de la soirée. Apes & Horses, formation parisienne repéré par Wu Lyf, devrait vite faire parler d’elle, tant son univers est à la fois captivant et original. La soirée commence par deux bonnes découvertes et se poursuit avec deux des valeurs sures du moment. Tout d’abord le très doué Baxter Dury qui va savoir captiver l’audience avec ses compositions qui illustrent bien la fraicheur et le talent du personnage. Si le soir précédent lorgnait du coté bruitiste de la musique, celui ci tendra plus vers son versant pop. Friendly Fires terminera la nuit avec brio, mêlant énergie et réminiscences années 80 lors d’un set énergique et bien rodé.

Dernier soir, soirée Electro hormis Le Klub Des Loosers qui va pouvoir se lâcher en ouverture, et qui au passage prouvera qu’il est bien plus original et subversif que la tête d’affiche du premier soir. Clark va livrer un set fabuleux, avec un visuel époustouflant. L’anglais va distiller ses mélodies sinueuses et raffinées, prouvant qu’il fait désormais partie du gratin de la scène électro au même titre qu’Amon Tobin ou Four Tet. Para One va enchaîner avec un set plus puissant et plus direct, tirant le public de l’état de semi léthargie dans lequel Clark les avait laissé pour une ambiance plus dansante. Un enchaînement réussi et deux aspects tout autant respectables d’une scène qui se renouvelle. Don Rimini va clôturer la soirée par une prestation que l’on qualifiera de classique pour rester poli mais souffrant de la comparaison avec ce qui avait précédé.

Bilan de ce festival, d’excellentes découvertes, des têtes d’affiches convaincantes dans l’ensemble et une ouverture grand angle sur la scène actuelle, alors certes on pourra concéder que certaines années ont été plus riches mais ce Pantiero reste un grand cru et je suis convaincu que lorsque dans quelques mois on s’apercevra que de nombreuses sensations du moment étaient à cette édition on réalisera cela. Car tout la force du festival est là : savoir reconnaître le talent en précurseur. C’est cela qui a fait sa réputation et qui le rend indispensable.

 

2 Réponses

  1. Pantiero 2013

    […] Après plus de onze années d’existence, le festival change de formule cette année. En effet il se déroulera non plus durant le mois d’août comme les éditions précédentes mais désormais en juillet. Autre modification de taille, les horaires plus tardifs, les concerts se prolongeront en intérieur et ce jusqu’à une heure beaucoup plus tardive (autour de 3h), permettant ainsi d’avoir le plaisir du festival et de l’after au même endroit. Enfin ce sera désormais sur trois jours et non plus quatre, cela sans perdre sur la durée des concerts (amplitude plus ample) ni (et surtout) sur la qualité de la programmation. […]

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