L’affiche était trop belle et méritait amplement le déplacement : réunir trois des groupes les plus impressionnants de ces trente dernières années, ayant marqué les tympans de tout fan de musique un peu pointue et permettre ainsi à des fans de post-punk de communier avec des adorateurs de noise et de post metal.

Dans ce contexte quasi religieux, un calme étrange semblait régner, rien si ce n’est les boucs ou T-shirts ornés du logo de la tête d’affiche de la soirée ne semblait indiquer le genre de déflagration sonique à laquelle nous allions assister. Nous aurions tout aussi bien pu assister à un concert de musique classique tant les gens étaient nonchalants et polis, mais tout cela n’était que le calme avant la tempête.

En guise d’intro et dés 20h un trio non prévu, napparemment constitué pour sûr de Randall Dunn chef des Master Musicians Of Bukkake, officiant également avec Sunno))) ou Earth, accompagné de Shazzula Vultura (ancienne membre d’Aqua Nebula Oscillator) va jouer un morceau de drone d’une vingtaine de minutes, sur des images kaléidoscopiques. Bonne entrée en matière, mais les Maitres du Bukkake vont sérieusement commencer les hostilités vêtus de Burkas, turbans et tête de cerfs. Leur set hyper maîtrisé fait se rencontrer psychédélisme et psychiatrie. Un set trop court, tribal et intense.

Un changement de plateau plus tard, les Swans débarquent, en formation serré, les amplis regroupés au centre de la scène, avec un Michael Gira qui semble déjà énervé et ne fait rien pour le cacher (trop de lumière, le son ne lui convient pas). Bref on ne sait pas si sa remarque sur le public chanceux de pouvoir voir Neurosis est ironique ou pas, toujours est-il que le set va se prolonger au delà de ce qui semblait être prévu et que même si les morceaux sont indéniablement bons, on a l’affreuse impression qu’il les rallonge plus que de raison et que son jeu de guitare trop répétitif nuit à la cohérence du groupe. On pourrait penser qu’il n’a pas supporté de ne pas être la tête d’affiche si on voulait être médisant. Malgré tout un bon moment, surtout lorsque le sieur Gira se concentre sur le chant.

Enfin, Neurosis. L’obscurité et les nappes ambiantes de Noah Landis vont très vite se déchirer, tel un pitbull sous amphétamine, le groupe va prendre son public à la gorge (je reste poli) et le malmener durant un set très radical, constitué principalement des deux derniers albums, ceux qui sont considérés comme les plus dispensables par beaucoup de fans, mais tant bien même, le choc est impressionnant et de « My Heart For Deliverance » à « Bleeding The Pigs », on encaisse les coups. Il n’y aura guère que le rappel (« Locust Star » le seul « single » du groupe) et ses moments d’accalmie (tout est relatif) pour respirer. Au final on est venu s’en prendre plein la gueule et on est heureux de voir qu’on s’est frotté à l’affiche parfaite pour cela, ici pas de publicité mensongère, l’hémorragie des tympans était assurée. Un déferlement de colère et de furie qui touche le sublime, un moment de grâce saisissant et inoubliable.

Crédits Photos : Céline Rodriguez

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