Début Mai, Cannes prépare son festival, sous couvert de culture on va pouvoir déverser un bon flot de déchets commerciaux et autres nuisances sonores régurgitées maintes fois afin de faire sautiller le pingouin cocaïné qui est persuadé de se trouver au milieu du noyau de l’agitation. Car si pour beaucoup la scène française se limite à quelques DJs arborant des T shirts Ramones ou à des groupes de rock imitant ce qui marchait outre atlantique six ans auparavant (pour les plus novateurs), il serait idiot de passer à côté de toutes ces formations qui se démarquent par leur approche ainsi que par leur talent. La MJC Picaud a ainsi choisi de mettre en avant trois groupes qui ont en commun une identité forte et aucun souci d’appartenir à un courant quelconque.

Bruit noir, projet parallèle de Pascal Bouaziz et Jean-Michel Pirès de Mendelson, n’est pas le genre de formation capable de distiller une énergie folle en début de soirée. Sorte de post punk minimaliste, distillant cynisme et critique acerbe, leur prestation va rebuter au prime abord avant de fasciner. Si le groupe était un cinéaste, on songerait à Gaspard Noé, capable de s’imposer après une période d’adaptation. Un choix audacieux mais finalement des plus louables.

Papier Tigre va ensuite continuer les hostilités. Plus directs, avec leur math rock noise, les trois musiciens vont un peu moins tourmenter le public. Les compositions sont ultra efficaces et énergiques, le trio les maîtrise à la perfection. Comme précédemment si on devait les rapprocher d’un cinéaste ce serait probablement de Michel Gondry.

GaBLé enfin va clôturer ce tour de table des talents sous estimés. Véritable légende de la scène indépendante, ovni totalement indescriptible, le groupe se situe quelque part entre Zappa, Mr Bungle, The Beta Band et Animal Collective. Aussi à l’aise dans des mélodies en équilibre que dans un punk frontal des plus méchants, pouvant incorporer du jazz, de la salsa ou de l’électronique sans jamais renoncer à une identité très forte, le trio va terminer ce festival en apothéose. Là encore si on devait citer un cinéaste ce serait sans hésitation Quentin Dupieux.

Une preuve encore que la scène musicale indépendante française est bien en vie et ne demande qu’un peu plus d’attention de la part de médias. En trois groupes, cette soirée nous a montré une vitalité et une originalité qui laisse espérer le meilleur pour l’avenir, pour peu que le public s’intéresse plus à l’originalité et aux prises de risques qu’à l’accoutumé et au vu le talent de ces formations, ce serait dommage voire criminel.

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