Chaque année tels les pèlerins partant célébrer Dieu, les adeptes de musique se massent au festival Pantiero, avides de prestations soniques, de découvertes et de confirmations. Cette année est un grand cru, moins rock que l’année précédente elle a permis à beaucoup d’assouvir leurs penchants pour une musique riche et pourtant si absente des ondes.

Day 1.

Ayant raté le premier groupe (La Femme sorte de surf music tintée de pop) votre serviteur s’en remettra aux avis de ses complices qui n’auront retenu qu’une prestation en demi teinte, mais ouvrir en début de soirée n’est pas chose aisée, bref sans s’attarder passons au second groupe les bruyants et pourtant carrés Action Beat, cousins consanguins des Lightning Bolt ces derniers vont offrir une prestation sans concession, jouant leur noise énergique au beau milieu de la foule dans une tenue des plus dépouillée (slips et chaussettes). Assurément un des plus gros paris de ce festival que de programmer ce groupe anticonformiste qui pour sa part fera l’unanimité. La tête d’affiche se profile et les géniaux Battles livrent un set impeccable avec la présence des divers invités de leur dernier opus apparaissant sur des écrans derrière la scène (Mention spécial à Gary Numan et à Kazu Makino qui sera présente virtuellement avant de se produire le lendemain avec Blonde Redhead). Seul bémol ils ne joueront que deux titres de leur premier album, plus riche que le second. Rassasié de bruit blanc et de caisse claire les festivaliers vont pouvoir se laisser happer par les dérives équilibristes de GaBlé, groupe français adepte des Butthole Surfers et autre Residents. Bref une entrée en matière des plus réussies pour ce premier soir où l’on regrettera le manque d’affluence.

 

 

Day 2.

Après une journée d’échauffement assez intense, le festival se poursuit avec une programmation à faire pâlir d’envie les plus gros de ses concurrents. Suuns attaque en plein soleil et ces canadiens arrivent à subjuguer la foule avec leur post punk répétitif et hypnotisant. Là encore le seul regret est de n’avoir pas pu apprécier leur prestation dans un cadre plus obscure, permettant une immersion plus intense dans leur électro Krautrock abrasif. Zombie Zombie va alors livrer la prestation la plus ambitieuse de la Croisette, en jouant pendant une heure les thèmes des films de John Carpenter (mention spéciale à Halloween). Joué impeccablement par le duo parisien, la musique peine à vraiment captiver le public mais on se doit de leur décerner une mention spéciale pour avoir eu l’audace de se livrer à un tel exercice. Les lumières s’éteignent et le trio Blonde Redhead peut enfin en découdre avec une audience les attendant de pied ferme. Troublants, sensuels et félins les morceaux s’enchainent à la perfection même si le trio se focalise plus sur ses dernières compositions, provoquant une certaine déception chez les fans de longue date. Néanmoins un concert magique. Mais la foule amassée dans un état léthargique pourrait tels les indignés de la Puerta Del Sol ne plus vouloir quitter un lieu aussi féerique, qu’à cela ne tienne les très énervés A Place To Bury Strangers vont lui asséner un des plus violents coup de masse qu’il m’ait été donné de voir. Fiévreux, sans concessions les trois New Yorkais vont laminer les survivants de leur rock noise aux accents Shoegaze. Un déluge sonore va couper l’auditoire en deux, voyant les plus téméraires aller au bout d’un live épique et généreux. La soirée de l’année sans conteste.

 

 

Day 3.

Il y a sur le papier un coté moins rock, un contraste saisissant avec les soirées précédentes, je dis bien sur papier car la réalité est moins tranchée. Le génialissime Publicist attaque au milieu de la foule et dés les premiers morceaux ce batteur armé d’un vocodeur va faire se déhancher les plus sceptiques sur une bande son évoquant Miami Vice et ses dérives. Surement la meilleure découverte de ce festival. The Field va alors continuer les hostilités, en groupe, à l’aide d’un batteur et d’un bassiste, le producteur suédois va faire monter la pression crescendo jusqu’à chauffer la foule à blanc. On ne pouvait attendre moins d’une des révélations du label Kompakt. La foule est prête à accueillir Arnaud Rebotini, premier artiste à faire sa deuxième prestation au Pantiero. En 2008 il avait été impressionnant, ce soir là il fut magistral, promenant sa dégaine d’Elvis trash entre les lights et les fils de ses claviers analogiques il jouera sans concession et fera danser un public conquis sur ses sons très dark. La soirée serait parfaite si il n’y avait la tête d’affiche, le pompeux et surestimé Paul Kalkbrenner, bouffi d’orgueil et baillant en mixant sa soupe, il ne laissa pour ma part que la sensation d’une erreur de programmation, on était en droit d’attendre après les trois premiers groupes un génie de la trempe d’Amon Tobin ou Murcof, au lieu de cela on eut droit à une vaste fumisterie égocentrique décrochant allégrement la palme de l’artiste qui s’est trompé de festival.

 

 

Day 4.

Après une soirée presque parfaite et surtout une telle déferlante de musiciens géniaux le quatrième soir est le plus éreintant. On assimile à peine les jours précédant que déjà la fin se profile. Sous un soleil peu propice Walls tente de capter l’attention du public avec sa musique aux ambiances drone. Le duo est vaillant mais trop handicapé par des conditions peu adéquates. Dommage car là encore on gardera une impression de frustration. Gold Panda va enchaîner avec un set un peu trop monolithique mais très convaincant. Pas vraiment amateur de minimal, il faut tout de même reconnaître un certain talent au personnage qui allie sons Hip Hop et visuels inspirés. La grosse tête d’affiche se profile et les adeptes d’électro vont pouvoir se laisser envoûter par Trentemøller, qui arrive avec une armada sonore ultra efficace (deux guitaristes, un bassiste, un batteur, une chanteuse). Faisant copuler électronique et organique sur un brasier cold wave, le concert restera sûrement celui qui marquera le plus les esprits par son coté efficace et innovant. Après un tel déferlement hybride la tache s’annonce difficile pour le jeune anglais Nathan Fake qui s’en sortira néanmoins avec brio, son électro minimal pouvant se rapprocher d’un Aphex Twin 90’s va faire mouche mais même avec cela la soirée reste incontestablement celle du Danois qui clôture en beauté une édition réussie pour ce qui est définitivement un des meilleurs festival de France.

 

 

Crédits Photos : Axes

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Une réponse

  1. The Field, Then It’s White.

    […] Willner aka The Field nous avais très sincèrement impressionné lors de son passage au Festival Pantiéro 2011, c’est pourquoi l’annonce de la sortie de son prochain album sur le label Kompakt ne […]

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