SALEM KALI

Profession : Acteur

Salem Kali est un acteur français méconnu du grand public. Il fait partie de cette nouvelle génération montante d’acteurs-réalisateurs.

Il nous parle de son premier court-métrage 9/12. (à voir absolument!)

Notre coup de coeur. Retenez bien son nom…

Entretien avec un futur grand cinéaste.

 

 

Tu as déjà tourné avec un jeune réalisateur amateur Vincent Lecrocq. (le court-métrage « They were in Normandy » – NDLR)

Comment t’es tu retrouvé à collaborer de nouveau avec lui sur « Survivant(s) » ?

 

Même si Vincent est un réalisateur en devenir, il abordait cette fois encore un genre de film dans lequel j’ai toujours rêvé de jouer et aussi parce que le résultat de « They were in Normandy » était encourageant. Alors je me suis dit pourquoi pas, en attendant que Romero me propose un rôle (rires). Vincent m’a donc proposé son idée de film qui devait faire partie d’une collection de plusieurs courts-métrages, sur la même thématique, celle des zombies.

Ca s’appelait « Terror Project 6 ».

 

Il semble que vous ayez rencontré des difficultés. Peux-tu me raconter ?

 

A l’époque, il y a eu une bonne communication autour du concept (parrainage par un réalisateur, Xavier Gens, et participation d’une grande chaîne, Canal +, NDLR),  mais qui s’est révélée, finalement, fausse. On a quand même réussi à lancer le projet, indépendamment, sans moyen.

Mais ce n’était pas grave, Vincent voulait continuer et moi je voulais juste réaliser un petit fantasme. Je suis un fan absolu du genre. Depuis mon enfance, je vénère « Zombie » de Romero. C’était une opportunité que je ne pouvais pas rater pour le fan que je suis. Je voyais quelque chose qui allait rester confidentiel, comme son précédent court-métrage.

Sauf qu’au moment du tournage, sont arrivés des acteurs et actrices pros comme Alysson ParadisHelena Soubeyrand, Sarah Laure Estraigna, c’était gros ! Je me suis dit : « ils viennent ok, super! mais les pauvres, ils ne savent pas où ils ont mis les pieds… » (rires). D’ailleurs, dès le premier jour, voyant l’amateurisme, une partie de l’équipe a voulu quitter le tournage.

Moi j’avais fait « They were in Normandy », je savais à quoi m’en tenir, j’en avais même perdu 5 kg! (rires)

 

Combien de temps a duré le tournage ?


Je ne sais plus, 6 ou 7 jours. D’ailleurs j’ai perdu encore des kilos sur ce film là. (rires)

 

Vous avez continué à écrire pendant le tournage ?


 

Il n’était pas prévu qu’on réécrive pendant le tournage, c’est juste qu’on s’est rendu compte de toutes les aberrations et du manque de cohérence qu’il y avait dans son scénario. Je suis donc intervenu pour lui proposer des idées sur le tournage. Mes idées lui ont tellement plu et étaient tellement nombreuses que finalement, j’ai été crédité comme co-scénariste. J’ai trouvé ça très excitant d’écrire dans l’urgence et de trouver des solutions qui permettaient d’améliorer le film et parfois de le sauver. Ce qui a plu à toute l’équipe et qui les a motivé à rester. J’ai aussi aidé à finaliser le projet jusqu’au montage en remontant son final cut pour mettre en valeur les montées dramatiques, les scènes de comédies et les scènes d’action et en changeant aussi la construction de l’histoire avec, par exemple, le flash-back. Je lui ai demandé de retourner les scènes avec le présentateur tout ça pour tenter de sortir du court-métrage amateur et s’approcher le plus possible  du niveau professionnel.

 

Contre toute attente, « Survivant(s) » a eu droit à une sortie DVD (distribué par Oh My Gore – NDLR).

Vincent Lecrocq ne te mentionne pas dans les bonus malgré ta participation active.

 

C’est un deal entre nous, j’ai refusé d’être créditer comme co-réalisateur car, a l’époque, je ne voulais pas être réalisateur et que, si il y avait des retombées professionnelles, je voulais que Vincent en profite seul. Mais toute cette aventure m’a permis de me rendre compte que j’étais capable de réaliser un film moi-même. Ca a été l’étincelle !

 

 

Justement, parlons réalisation.

Comment t’es venu l’idée de ton premier court-métrage 9/12 (12 septembre) ?

 

Après le tournage de la série « Vive les vacances » (TF1), dans laquelle j’ai joué, je suis parti 3 mois aux Etats-Unis, juste pour apprendre l’anglais et pratiquer avec un des plus grands maîtres d’arts martiaux Danny Inosanto, dans son école. J’étais déconnecté.

A mon retour en France, je me suis pris une claque en entendant parler burqa, les caricatures, les foulards, la stigmatisation, un véritable harcèlement médiatique envers les musulmans, et l’assassinat non médiatisé de Marwa Sherbini, symbole même de l’injustice subit par les musulmans depuis le 11 septembre.

Il y avait un vrai lynchage médiatique et politique à ce moment, et qui malheureusement continue aujourd’hui. Et je ne pouvais plus rester silencieux.

Je me suis dit qu’il y avait plus de sens de tourner mon film aux Etats-Unis, puisque tout a commencé là-bas.

 

Comment as-tu fait pour mettre ton projet en marche ?

 

J’avais décidé le 20 décembre 2009 de le produire aux Etats-Unis, le 25 j’étais dans l’avion. Je suis arrivé à Los Angeles avec mon scénario. Je n’avais que deux contacts : une comédienne américaine Desiree Titone (je lui ai dit que je cherchais quinze acteurs pour mon film), et aussi ma coproductrice et actrice Dalia Raiyen qui m’ont beaucoup aidé et je les remercie!

Puis, j’ai rencontré deux producteurs de long-métrage.

Le premier a mis trop de temps à répondre, j’étais dans l’urgence, j’étais là pour un mois et demi. Le deuxième ne voyait pas l’intérêt financier pour un court-métrage si ce n’était pas pour enchaîner pour un long derrière, et à cette époque, il n’en était pas question.

Du coup, par la force des choses, je me suis débrouillé en auto-production. J’ai cadré, monté, étalonné, mixé et composé la musique de mon film…car il fallait qu’il soit prêt pour Cannes (2010) et, rassembler une équipe allait être trop long.

Je voulais le tourner avec le Canon 5D qui peut donner une qualité visuelle exceptionnelle, mais la location me coûtait tout mon budget pour uniquement deux jours de tournage. Uniquement 2 jours de tournage, le risque était trop grand et je voulais absolument qu’il soit prêt pour le festival de Cannes.

Et là, grâce à Dieu, alors que j’étais parti voir mon pote Tahar Rahim, nominé au même moment aux Golden Globes pour le film « Un prophète » (Jaques Audiard), dans lequel j’ai aussi joué et avec qui j’ai joué dans la série « La Commune » (Abdel Raouf Dafri), c’est donc à cette occasion surréaliste, que j’ai fait la rencontre d’une française vivant à Los Angeles. Après lui avoir dit ce que je faisais là, et que je cherchais un Canon 5D, elle m’a appris que son ami en avait un et qu’il pouvait me le louer pour un super prix! Du coup, grâce à ce hasard, j’ai pu commencer le tournage!

J’étais tout seul. Grâce au Canon 5D, les gens pensaient que c’était un appareil photo, j’ai pu tourner dans les rues, le métro, sans autorisation.

C’était une épopée de fou pour moi.

Je tournais le jour, et montais le soir jusqu’à 2h du matin, comme ça pendant 7 jours.

Il y a eu bien sûr beaucoup de problèmes, mais avec mon expérience sur « Survivant(s) », je suis toujours arrivé à trouver des solutions créatives.

 

 

C’est tourné en caméra subjective. C’était voulu dès le départ ? (attention, spoiler)

 

Oui, dès le départ, c’est ce que je voulais, puisque je voulais parler du regard qu’on porte sur les arabes et les musulmans depuis le 11 septembre et, pour mieux le sentir,  je voulais qu’on prenne leur place…

J’ai été étonné de voir que mon film a été encore mieux accueilli aux Etats-Unis,  mais j’ai compris que c’est parce qu’il y a un eu un lourd passé ségrégationniste, et que les USA ont été créé par des gens qui ont fuit les persécutions religieuses vécues en Europe…

 

 

Depuis, as-tu eu des propositions ?

 

Suite à mon court-métrage, alors que je ne voulais pas vraiment être réalisateur mais simplement prendre la parole face à cette injustice, on m’a proposé, chose incroyable,  de réaliser deux longs-métrages, un à Puerto-Rico, et un autre à Los Angeles. J’avoue, j’en ai pas cru mes oreilles. Alors tout ça me donne des ailes. Je suis même en train de développer une série américaine, et je veux aussi réaliser maintenant le long-métrage sur la même thématique que mon court métrage.

Tout cette aventure me donne de l’énergie pour le faire, avec humilité, car j’ai tellement de choses à apprendre…En travaillant avec les américains, j’ai beaucoup apprit. Je sens quelque chose de possible aux Etats-Unis, et je vais le tenter sans oublier la France où il y a temps à faire et à dire…

Le monde est à nous, il ne faut pas perdre ça de vue, et se nourrir d’énergies positives car c’est la seule chose qui nous fait vraiment avancer. Tout est possible oui, mais à celui qui remonte ses manches. Alors au boulot !

 

Ci-dessous, visionnez 9/12 dans son intégralité.

[vimeo id= »10892108″ width= »620″ height= »360″]


Propos recueillis le 26 février 2011 à Paris et mis en forme par Bouchaïb El Khayrat.

Merci à Sébastien François et Méléna Cotti


Filmographie sélective
Acteur:

  • 2010 Survivant(s) (court)
  • 2010 They were in Normandy (court)
  • 2010 La coagulation des jours (court)
  • 2009 Vive les vacances! (série)
  • 2009 Un prophète
  • 2008 Secret défense
  • 2007 La commune (série)
  • 2007 La prophétie d’Avignon (série)
  • 2006 Pour l’amour de Dieu (film TV)
  • 2005 Nuit noire, 17 octobre 1961 (film TV)

Réalisateur:

  • 2010 9/12 (court)

 

Pour plus d’info vous pouvez visiter son site.

 

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.