Depuis 1994 on sait que la Belgique est un pays capable de rivaliser avec l’hégémonie anglaise et américaine en terme de qualité et de créativité sur le plan musical. En fait depuis la sortie de « Worst Case Scenario », premier album de dEUS qui va permettre à toute une scène de sortir de l’ombre tout en conservant sa liberté de ton (Venus, Flexa Lyndo, Dead Man Ray, Arid, Zita swoon… la liste n’est pas exhaustive). L’occasion de voir si c’est toujours le cas nous est donnée en rencontrant Alan Gevaert, bassiste du groupe depuis 2005 (l’album « Pocket Revolution »), personnage communicatif humble et très ouvert à l’image de son groupe.

 

Le processus créatif

 

Le groupe à ses débuts va s’inspirer d’artistes aussi divers que Tom Waits, Zappa ou Sonic Youth sans que cependant aucune étiquette ne puisse vraiment définir sa musique, au grand dam des journalistes. Plus de vingt ans après sa formation et de nombreux changement de personnel, le sixième album, l’excellent « Keep You Close » et la tournée européenne qui débute en février prouvent, si les chiffres de vente ne suffisaient pas, la vigueur et la place de l’une des formations les plus rafraîchissantes de ces deux dernières décennies, devenue au fil du temps une référence. La création des morceaux a toujours été un point fascinant, même intriguant tant ceux ci peuvent aller dans de nombreuses directions :

« La majorité des titres viennent de Jam, le fait d’avoir notre studio à Anvers nous permet d’exploiter cela. Souvent cela commence innocemment, une mélodie se crée, et chacun y apporte quelque chose, le morceau grandit. Le seul impératif est qu’il fasse l’unanimité et que Tom (Barman) puisse poser sa voix dessus, qui est vraiment le fil directeur. Si le morceau dérive trop il est impossible de chanter dessus. On ne s’interdit rien, la seule limite à la créativité c’est toi même ».

« On ne s’interdit rien, la seule limite à la créativité c’est toi même. »

Les projets parallèles sont nombreux dans le groupe, certains membres en ont une demi douzaine, cela se retrouve également dans le processus créatif :

« J’ai moi même pas mal de side projects, dans lesquels je joue divers styles, que ce soit du Jazz, du Flamenco… tous ces éléments permettent à chacun de bosser sur de nouvelles idées qu’ils ramènent ensuite éventuellement au sein du groupe, c’est quelque chose de très positif ».

Ce climat de liberté transparaît dans les compositions et l’on sent que les membres du groupe ne sont pas prisonniers de formules, nullement enfermés dans un registre limité. L’enregistrement dés lors doit être confié à quelqu’un conscient de cela.

« Tout s’est bien passé, nous avons travaillé avec David Bottrill (déjà présent sur « The Ideal Crash » et ayant officié avec Tool, Muse et Placebo) qui a su s’adapter et qui a une bonne approche, très à l’écoute ».

Tout ce processus créatif permet depuis toujours au quintet de conserver un statut privilégié, en vendant suffisamment de disques pour ne pas être un groupe culte sans pour autant risquer l’implosion et les clichés des machines de stade, cela s’expliquant par la fidélité des fans qui suivent le groupe depuis ses débuts.

« C’est très plaisant et je me demande comment font les nouveaux groupes de nos jours pour trouver leur public vu le nombre de sorties, ça en est presque chaotique ».

La Tournée Européenne

 

Celle ci débute par le Portugal et finit par la Grèce.

« Nous allons ensuite jouer en Australie, sûrement cinq ou six dates puis l’été arrivera assez vite et ce sera le moment des festivals »

Ce genre d’événement est le parfait endroit pour un groupe comme dEUS qui peut profiter d’une très large visibilité sans faire le moindre compromis mais également pour le public souvent très jeune qui peut découvrir un maximum de groupes.

« Nous ne nous forçons jamais, si la nécessité d’un break se ressent après la tournée nous le ferons, d’autant que nous avons des impératifs familiaux, mais de la même façon on peut créer pendant cette période, cela vient naturellement. En France vous dites qu’il faut battre le fer lorsqu’il est chaud et on a un dicton semblable en flamand, souvent les idées affluent au bout de cinq ou six concerts. L’essentiel est de ne pas saturer le public, de ne pas revenir sans cesse, qu’il ne se dise pas encore eux ».

Véritables stakhanovistes les musiciens mènent de front leurs autres projets (Tom travaille sur Magnus en ce moment, projet avec CJ Bolland par exemple) et on peut donc imaginer que les coupures sont vitales à son équilibre. Mais d’où vient cette ferveur créatrice, la Belgique serait elle une exception culturelle qui s’exporte ?

« Les choses sont plus faciles car la culture de notre pays le favorise, que ce soit à la télévision, à la radio ou part les différents vecteurs culturels comme la danse, on baigne dans un climat tourné vers l’extérieur, le fait que les films, par exemple, soient en version originale cela permet de s’imprégner de ce qui se fait ailleurs. Ce n’est pas si simple pour autant il faut beaucoup travailler mais je suis convaincu que si les choses le sont trop on n’obtient rien de bien. Si on donne une Gibson à un gamin de six ans on risque de le dégoûter de la musique, il faut qu’il y ait une démarche avec des obstacles ».

Le groupe aide également de nouvelles formations à se faire connaître :

« Nous essayons de tourner avec de jeunes groupes, il y en a de très bons comme Balthazar ou Intergalactic Lovers et en les amenant en tournée on leur permet d’avoir un peu plus de visibilité ».

Le modèle Belge

 

Un vivier qui semble intarissable et pourtant en voyant la taille du pays on serait en droit de se demander quand un phénomène comparable se produira ici, ou plutôt pourquoi nous n’avons pas vu l’équivalent de cette émergence d’une scène ayant des ambitions et des moyens lui permettant de s’exporter.

« Il y a de très bons groupes en France, souvent je reçois des démos et je me dis que musicalement c’est très abouti mais il y a cet éternel problème de l’accent anglais pour beaucoup de groupes qui s’évertuent à ne pas chanter dans leur langue, tant que le chant ne sera pas parfait il sera impossible pour ces musiciens d’être vraiment crédibles internationalement, mais il faut aussi voir les choses avec du recul et peut être dans les dix ou vingt prochaines années il y aura l’équivalent de ce qui s’est passé ailleurs chez vous ».

Il est vrai qu’en constatant ce qui s’est produit dans le Nord de l’Europe ces vingt dernières années que ce soit en Belgique comme dans les pays scandinaves ou même en Suisse on semble encore avoir du retard et le fait que beaucoup de médias se focalisant sur des artistes médiocres (chantant en anglais voire en français approximatif) au détriment de musiciens valables n’aide pas au renouveau. En attendant dEUS est une valeur sure, un groupe qui fait depuis longtemps partie des meilleurs de sa catégorie, celle des artistes novateurs et généreux qui se remettent perpétuellement en question et cette démarche, cette intégrité explique pourquoi autant de gens les apprécie. Une carte postale disait lors du dernier festival de Cannes « En Belgique on n’a pas de gouvernement mais on a du bon cinéma » il fallait rajouter qu’il y avait aussi de très bons groupes.

 

Propos recueillis et mis en forme le 12 Janvier par Axes.

 

Discographie :

  • 1994 – Worst Case Scenario
  • 1996 – In A Bar, Under The Sea
  • 1999 – The Ideal Crash
  • 2005 – Pocket Revolution
  • 2008 – Vantage Point
  • 2011 – Keep You Close

 

Le groupe sera également en tournée en France :

  • 09/02 Montpellier, Victoire 2
  • 10/02 Nice, Petit Nikaïa

 

Pour les autres dates européennes et d’autres infos, visiter leur site.

A propos de l'auteur

Rédac' chef, musicien passionné, graphiste et Dj de garden party sauvages.

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