[rating:4/5]

Kanjuro Nomi, samouraï sans sabre et déserteur, depuis le décès de sa femme erre sur les routes en compagnie d’ une petite fille. Faisant l’objet d’un avis d’arrestation depuis qu’il a déserté son clan, Nomi refuse le combat et fuit l’affrontement, ce qui ne manque pas de surprendre les assassins à ses trousses, cherchant à engranger la récompense promise. Capturé par un chef de clan et condamné à mort, celui-ci lui impose cependant un défi original qui lui permettra peut être d’échapper à son sort : il a 3 jours pour redonner le sourire au jeune prince inconsolable depuis la mort de sa mère emportée par une épidémie. Il devra donc chaque jour, avec l’aide complice de ses geôliers, trouver un nouveau tour qui, en cas d’échec, laissera sa mise à mort toujours prononcée. Ce sera aussi l’occasion de regagner l’amour et la confiance de sa fille qui le désapprouve et l’intime à se suicider en samouraï plutôt que de continuer à fuir où à se ridiculiser…

Hitoshi Matsumoto, amuseur public et comique populaire de la télévision japonaise réalise avec « Saya zamurai » son troisième film, le plus abouti, le plus abordable et certainement son meilleur.

Son premier film « Dai-Nipponjin », littéralement « Le grand homme Japonais », tourné comme un faux documentaire, narre le quotidien de Dai Sato, citoyen japonais, père de famille divorcé, qui mène en apparence une vie routinière, vivant dans un modeste pavillon de la banlieue de Tokyo, sans véritable relation sociale, il préserve la tradition familiale en se transformant en « Big man japanese » sorte d’incarnation géante de l’homme-patrie japonais, avec pour mission de préserver la paix en repoussant les monstres venus envahir la ville, lui autrefois symbole de la puissance et de la fierté de la nation, il ne représente aujourd’hui plus qu’un symbole désuet ayant du mal à fédérer le peuple derrière lui, trop lâche pour les anciens et dénigré par la jeune génération, il endosse une responsabilité qu’il ne désire pas vraiment. Confronté à des problèmes quotidien comme celui de trouver un sponsor où de s’occuper de son grand père devenu sénile, il est régulièrement lynché par la presse de son pays et doit en plus faire face au mécontentement de l’opinion public. S’inspirant de la culture pop japonaise issue des années 60, avec la naissance d’Ultraman, hommage au Kaiju et aux Sentaï, le film symbolise le changement d’identité de la société japonaise, démilitarisée, devenue pacifique et prospère, elle ne comprend pas et rejette le nationalisme de ses parents. L’ennemi (anciennement américain ou chinois) a pris la forme de monstre géant (venant de l’ouest dans ce film) ou naît des expérimentations nucléaires (Godzilla), une patrouille de l’espace chargée de sauvegarder la paix dans la galaxie viendra à son secours et l’allégera de son fardeau, sous la forme d’un deus ex-machina sous acide.

Dans « Symbol », son second film, un homme encore interprété par Matsumoto, se réveille enfermé dans une pièce blanche immaculé, sans portes ni fenêtres, sans savoir pourquoi, seul des protubérances en formes de sexe d’ange décorent les murs, lorsqu’il appuie dessus cela entraine des actions diverses : un guerrier Masaï apparait, des objets divers tel que des sushis ou des lunettes sortent des murs. Alors qu’il cherche à comprendre comment s’échapper de la pièce avec les objets qu’il récolte. Au Mexique via un astucieux montage parallèle, on suit la journée d’un catcheur mexicain, considéré comme un looser, se rendant avec sa famille à un combat important. Apparemment sans rapport, les deux histoires vont pourtant se rejoindre. Complètement barré, prenant là aussi racine dans la culture pop, le catch et la télé-réalité (le film s’inspirant d’une émission de télé-réalité très célèbre au japon) le film s’achève dans un délire mystique voir eschatologique.

Pour son troisième film on pouvait logiquement se demander quel délire nous attendait, cependant même si là aussi on a droit à une fin surprenante et émouvante, qui pourrait en déconcerter certain, Matsumoto aborde ici une forme plus traditionnelle de la comédie et pour la première fois choisit de ne pas se mettre en scène, ici il dirige Takaki Nomi, comique japonais, possédant la fibre des meilleurs clown, qui incarne ce samouraï désespéré et résigné qui va pourtant accepter de remplir la mission qui lui est confiée.

Récit à la trame en apparence plus classique que ces deux précédents opus, l’histoire se révèle au fur et à mesure de sa progression, récit en épisode, chaque jour étant prétexte à un nouveau sketch mettant en scène Nomi dans des situations désopilantes. Derrière une trame en apparence légère et simpliste, se cache une véritable réflexion sur le métier de comédien (le véritable métier de Hitoshi Matsumoto) qui à l’obligation tous les jours de divertir et amuser son public sous peine d’être « jeté », faire le bouffon pour amuser et captiver l’audience est le rôle du comique de télévision. Condamné à « faire rire ou mourir », Nomi tel un clown triste, car lui aussi inconsolable depuis la mort de sa femme, s’abandonne entièrement au défi imposé. Acteur amateur Takaki Nomi aurait tourné selon le réalisateur, les scènes sans savoir pour quel format (télévision, cinéma) et sans aucune indications, ceci dans le but de garder une fraîcheur dans son jeu et le laisser apparaître quelque peu perdu comme le samouraï qui ne sait pas ce qui l’attend le lendemain, tout ceci lui donnant un air impassible et imperturbable malgré les événements qui s’enchaînent. Mention spéciale à la petite fille qui avec sa volonté et son engagement ne cessera de nous émouvoir tout au long du film.

En délaissant les comédies à l’humour absurde et alambiqué de ses précédents films, pour un humour burlesque, Matsumoto signe ici son film le plus facile d’accès, en choisissant le film de genre, le film de samouraï, avec ses codes et son cadre bien précis, il se sert de cette rigueur imposé pour offrir un contrepoids à son humour, le film tout en équilibre joue avec les effets comiques et les ressorts qui les composent, décalés par rapport au drame imposé (l’exécution en cas d’échec) il réussit à ne jamais tomber dans la noirceur facile, ni dans le rire convenu, rendant hommage aux chef d’œuvres du burlesque, débordant d’imagination, charriant une véritable force émotionnelle sans jamais tombé dans le ridicule ou le pathos, « Saya Zamurai » réussit à nous faire rire le cœur gros.

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