Andrew Bird

Are you serious

Loma Vista Recordings (2016)

 

Qu’attendre d’un nouvel album d’Andrew Bird ?
On sait de lui qu’il a une angoisse chronique de la répétition et on se demande pourtant comment il pourrait encore arriver à nous surprendre après 8 albums depuis ses débuts solo en 2003.

Jusque là, Andrew Bird excellait par la virtuosité de son violon, l’intelligence de ses paroles, faites d’arabesques, de métaphores et de mots savants. Mais il faut aussi s’imaginer l’américain, dans sa ferme à deux heures de Chicago qui, entre deux albums, s’abrutit de joints et de jeux vidéos pour se détacher du foisonnement baroque qu’est son cerveau en forme de boite à musique.
Puis le drame : le mariage, un enfant. Ça change un homme, sa vision des choses et son concept de la création :

 »C’est l’album le plus direct que j’ai jamais enregistré. Dès le départ, je souhaitais que cet album soit totalement différent des précédents. Sur ce disque, je joue moins avec les mots car je voulais évoquer de manière plus directe certains moments difficiles par lesquels je suis passé. »

On va donc s’éloigner des belles frasques et fresques auxquelles il nous avait habitués. La preuve sur « Are You Serious », le violon est utilisé principalement en pizzicati, plus comme une guitare, ou sur des harmonies plus immédiates. La guitare, elle, est utilisée à coups de crissements, de gémissements, de brouilleurs de piste. Pas de place pour le lyrisme :

 »Que se passe-t-il quand quelqu’un qui s’est toujours servi de son imagination pour écrire et qui a toujours utilisé la troisième personne dans ses chansons, est confronté à de véritables épreuves ? Qui peut se soucier de poésie quand on est face aux mystères de la naissance et de la mort ? »

Oui Andrew Bird est sérieux et toujours aussi doué. Chaque partition d’instrument paraît simple, et jamais simpliste, mais lorsque les strates se superposent, les mélodies prennent forme et la musique fait le reste sans jamais frôler la banalité. Au contraire, l’artiste explore plusieurs styles musicaux et virevolte avec élégance, toujours, ça en est presque énervant. De l’ambiance soul de « Capsized » et « Truth Lies Low », à la ballade épurée de « Chemical Switches » jusqu’au clin d’oeil au folk irlandais avec « Saints Preservus ». Andrew Bird est aussi grand admirateur de musique africaine – Mali, Éthiopie et Ghana en particulier – on en entend la trace sur « The New Saint Jude ». Et il doit l’être aussi de Fiona Apple puisqu’il l’invite sur une chanson qui au départ était prévue pour un solo, « Left Handed Kisses ». Le duo qui ironise autour du cynisme et du romantisme, de l’engagement et des chansons d’amour.

À la sortie des 11 titres qui composent « Are you serious », on se dit qu’il ne faut rien attendre d’un nouvel album d’ Andrew Bird mais juste savoir le recevoir et prendre conscience de la chance que l’on a de pouvoir écouter un artiste aussi délicat, inspiré et touchant que lui.

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.